Formation commerciale de base profil E

La logique des réformes du passé

La formation commerciale de base a connu pas moins de trois réformes en trente ans. Une analyse du contenu des plans de formation montre que certains thèmes n’étant pas directement bénéfiques au monde de l’économie ont été remplacés par d’autres, comme la théorie de la gestion. La mise en œuvre des compétences transdisciplinaires dans les programmes scolaires a donné et continue à donner du fil à retordre aux experts. Roland Hohl, directeur de la CIFC Suisse, commente les résultats de l’étude consacrée à l’histoire de la formation commerciale de base.

Autor La logique des réformes du passé
Autor La logique des réformes du passé
Par Anna-Lena Gründler und Martina Tatavitto
Anna-Lena Gründler et Martina Tatavitto, collaboratrices scientifiques à l’Institut de pédagogie économique de l’Université de St-Gall.

Ces trente dernières années, la formation commerciale de base profil E (formation initiale élargie) a connu de profonds changements dans tous les domaines de l’enseignement. Parmi les trois réformes — le règlement d’apprentissage d’employé de commerce de 1986, la nouvelle formation commerciale de base de 2003 (NFCB) et l’ordonnance du SEFRI sur la formation professionnelle initiale d’employé de commerce de 2012 —, c’est la réforme de 2003 qui a engendré le plus de changements. Certes, les modifications apportées dans l’ordonnance sur la formation de 2012 étaient nombreuses, mais pas aussi déterminantes que celles de la NFCB de 2003.

La standardisation des programmes favorable à la coopération entre les lieux de formation  

Nos analyses ont mis en lumière le fait que les compétences transversales ne sont pas assez prises en compte dans les examens finaux. En définitive, l’inscription des compétences méthodologiques dans le programme des cours est insatisfaisante, puisque celles-ci devraient être reliées aux autres compétences.

Le dénominateur commun des programmes des trois dernières réformes est la description des niveaux des objectifs de formation, introduite depuis la NFCB de 2003 dans la terminologie de la méthode Triplex. Le niveau de détail des objectifs n’a de fait que très peu varié et reste relativement élevé. Ce pilotage strict a permis de réduire la complexité des problématiques relevant du domaine d’enseignement «Économie et société» (E&S) et a ainsi facilité la tâche des enseignants appelés à faire progresser leurs élèves vers les réponses attendues par une succession de questions fragmentaires. De même, la définition de budgets de périodes d’enseignement pour chaque objectif évaluateur et la fixation de l’ultime semestre où une matière peut être dispensée ont eu pour effet de standardiser l’enseignement. Il a alors été possible d’assurer une coordination étroite et efficace des trois lieux de formation que sont l’école professionnelle, l’entreprise formatrice et les cours interentreprises.

L’alignement sur les besoins de l’économie

Au fil des changements intervenus dans le monde et de l’émergence d’exigences nouvelles émanant des milieux économiques, les objectifs évaluateurs ont été adaptés, et cela tout spécialement dans le domaine d’enseignement E&S. C’est ainsi que l’actuel plan de formation aborde désormais aussi les théories modernes de la gestion (par ex. le marketing). Des changements encore plus considérables sont également intervenus dans le domaine de la gestion des ressources humaines, un domaine qui s’est vu attribuer une place plus en vue dans l’ordonnance sur la formation de 2012. Par ailleurs, des thèmes peu utiles directement à l’économie ont disparu du plan de formation (par ex. la géographie économique et des pans entiers de l’éducation civique, des finances ou de la comptabilité). Cette réduction de la matière d’enseignement se ressent dans la grille des cours E&S: les périodes d’enseignement y ont baissé de 8 % ces trente dernières années. Rien que pour les finances et la comptabilité, le régime minceur a abouti à une réduction de plus de 50 %. La complexité des contenus et le niveau d’exigences n’ont par contre pas fondamentalement changé.

L’importance des compétences transversales

Les compétences méthodologiques, sociales et personnelles ont gagné en importance au cours du temps. Le traitement de ces compétences s’avère cependant toujours insatisfaisant au niveau de l’enseignement et des examens, les experts ne s’accordant pas sur l’utilité de ces compétences transversales. Alors que certains responsables de la formation plaident en faveur d’une inscription plus franche de ces compétences dans le programme des cours et exigent leur mise en œuvre dans l’enseignement et dans les examens, d’autres doutent du succès d’une mise en place généralisée et de l’utilité des compétences transversales dans le contexte scolaire. Les partisans des compétences transversales cherchent à imposer des mandats de groupe ou des unités d’apprentissage autodirigées, tandis que les sceptiques estiment qu’il n’est pas aisé de promouvoir ces compétences. Pour eux, l’accent dans l’enseignement scolaire devrait plutôt porter sur les compétences professionnelles qui améliorent l’employabilité des personnes en formation. Nos analyses ont mis en lumière le fait que les compétences transversales ne sont pas assez prises en compte dans les examens finaux. En définitive, l’inscription des compétences méthodologiques dans le programme des cours est insatisfaisante, puisque celles-ci devraient être reliées aux autres compétences.

L’alignement de l’examen et du programme des cours

Le renforcement de la collaboration entre écoles professionnelles et branches de la formation permet d’assurer l’employabilité des personnes en formation. L’obligation de vérifier l’actualité des formations professionnelles tous les cinq ans débouche en général sur des optimisations plutôt mineures

Dans le cadre de l’examen final et de la procédure de qualification sur le domaine d’enseignement E&S, le principe qui veut que «celui qui enseigne examine» a été abandonné. La procédure de qualification est dorénavant organisée à l’échelle nationale, ce qui garantit la comparabilité et l’harmonisation des épreuves d’examen. Toutefois, dans certains domaines d’enseignement (par ex. «approfondir et relier» ou «travail autonome»), les enseignants peuvent toujours concevoir eux-mêmes l’évaluation. L’ordonnance sur la formation de 2012 dispose par contre que les examens de fin d’apprentissage et l’enseignement ne doivent plus être pilotés de manière excessive par le biais de documents internes et de moyens didactiques contraignants. Enfin, notre analyse des examens a montré que les objectifs évaluateurs traités durant les examens finaux selon l’ordonnance sur la formation de 2012 sont bien attestés.

Que nous réserve l’avenir?

Les experts interviewés ne sont pas d’accord entre eux pour savoir dans quelle direction l’enseignement professionnel devrait évoluer. Pour certains d’entre eux, il importe de cantonner l’enseignement professionnel dans les entreprises – ce qui revient à promouvoir une école professionnelle privilégiant l’enseignement de la culture générale: la branche des fournisseurs de prestations financière souhaiterait par exemple dispenser elle-même les compétences professionnelles requises dans leurs entreprises. D’autres experts soulignent au contraire toute l’importance que l’enseignement professionnel devrait jouer à l’école. La formation commerciale de base devrait continuer d’assumer son rôle de fournisseuse de candidats optant par la suite pour la formation professionnelle supérieure. À vouloir reléguer l’enseignement de la culture générale à l’école professionnelle, on rendrait plus difficile aussi bien la comparabilité des formations dans les différentes branches que le passage d’une branche commerciale à l’autre. Du coup, une «formation commerciale» unique de portée générale perdrait tout son sens et devrait être remplacée par toute une série d’apprentissages spécifiques à chaque branche, comme celui d’employé de banque.

L’espace réservé à de telles discussions est actuellement des plus étriqués, les organes concernés — les écoles professionnelles et les branches spécialisées — semblant fatigués par la perspective même de devoir s’engager à nouveau dans des voies innovantes. La réforme de l’ordonnance sur la formation de 2012 couvre bien les besoins actuels en la matière. Le renforcement de la collaboration entre écoles professionnelles et branches de la formation permet d’assurer l’employabilité des personnes en formation. L’obligation de vérifier l’actualité des formations professionnelles tous les cinq ans débouche en général sur des optimisations plutôt mineures, comme la meilleure répartition des contenus de formation sur les différents semestres ou l’offre d’un enseignement bilingue, pour ne citer que ces deux exemples.

Le nombre des apprentis va baisser ces prochaines années, et cela non seulement en raison de l’évolution démographique, mais aussi à cause de la création de nouvelles professions. C'est le cas notamment de la gastronomie rapide, qui inclut quelques éléments relevant de la formation commerciale et «détourne» bon nombre d’apprentis de cette voie. C’est pourquoi il importe que la formation commerciale traditionnelle reste attrayante. L’enseignement bilingue pourrait constituer un atout pour attirer de nouvelles personnes en formation douées et performantes qui, sinon, seraient tentées de suivre des études gymnasiales. De même, la prise en compte des nouveaux médias dans l’enseignement pourrait accroître l’attrait pour les formations en apprentissage, étant donné que les nouvelles technologies occupent une place toujours plus grande dans le domaine des moyens didactiques.